« 2 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 5-6], transcr. Yves Debroise , rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5928, page consultée le 09 mai 2026.
2 novembre [1844], samedi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour mon Toto chéri.
Il faut venir me voir tout à l’heure, mon cher amour, je ne peux pas vivre tous les
jours sans te voir, cela m’est impossible, et si tu ne viens pas j’irai te chercher.
Cela vous contrariera mais je vous verrai, c’est tout ce qu’il me faut.
Mon Dieu
que je voudrais que cette infinissable affaire soit
terminée1. J’ai beau dire que cela m’est égal, je sens qu’elle me
devient de jour en jour de plus en plus agaçante et je voudrais pour tout au monde
qu’elle fûta terminée d’une manière ou
d’une autre. J’espère que la personne que tu dois voir demain saura te décider par
de
bonnes raisons, à lever la seule difficulté qui existe à ce
sujet. Quant à moi, je n’ose rien me permettre mais je voudrais que tu trouvassesb en toi-même une raison déterminante
pour faire ce qu’il faut pour le succès de la chose. Tout cela, y compris la lenteur
qu’on y apporte, est agaçant au dernier point et pour ma part j’en ai assez. Parlons
d’autre chose.
Je t’aime, mon petit Toto chéri, mais je ne trouve pas assez
d’occasions de te le dire. Je passerais ma vie à te gribouiller ces deux mots que
cela
ne vaudrait pas pour moi le baiser que je prendrais sur ta bouche. Tâche donc de venir
me voir aujourd’hui dans la journée et plutôtc dans la matinée que dans la journée, plutôtd tout de suite que dans la matinée. En
fait de bonheur il vaut mieux tenir que courir. J’en fais la triste expérience tous les jours sans bouger de chez moi.
Clairette est revenue de la messe. Elle se
dispose à faire des fleurs pour ton bouquet. Elle paraît bien heureuse. Dieu veuille
que cela continue. Moi aussi je serais bien heureuse si je te voyais et si j’étais
sûre de passer la journée avec toi. Mais hélas ! Il s’en faut de tout que j’aie cet
espoir, c’est ce qui rabat considérablement de ma joie. Pourtant je ne veux pas finir
ma lettre sur une pensée triste et pour cela je te baise des millions de fois.
Juliette
1 Probablement l’élévation de Victor Hugo à la pairie qui est envisagée depuis des années et rencontre une forte opposition de la part du chancelier duc Pasquier, président de la Chambre des pairs.
a « fut ».
b « trouvasse ».
c « plus tôt ».
d « plus tôt ».
« 2 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 7-8], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5928, page consultée le 09 mai 2026.
2 novembre [1844], samedi soir, 9 h. ½
Que tu es beau que je t’aime !
Que tu es aimable que je t’aime !
Que tu es
doux que je t’aime !
Que tu es charmant que je t’aime !
Que tu es noble que
je t’aime !
Que tu es bon que je t’aime !
Que tu es ravissant que je
t’aime !
Que tu es ineffable que je t’aime !
Que tu es adorable que je
t’aime !
Que tu es grand que je t’aime !
Que tu es divin que je
t’adore !
Tu as bien fait de venir deux petites fois aujourd’hui, mon amour
chéri. Si peu que ce soit que je t’aie vu cela suffit pour me réjouir le cœur. Merci,
mon Victor bien-aimé, merci mon doux aimé, merci tu m’as fait bien du bonheur. Merci
Toto !!!
Clairette fait des fleurs à force. Cette
chère enfant est aux anges quand elle croit pouvoir nous faire plaisir ! À ce sujet,
je te prierai de me donner tes armoiries coloriées. Nous en
avons absolument besoin et très prochainement. Est-ce que tu
ne pourrais pas charger Charlot de les
faire ? Cela l’amuserait et cela nous rendrait service. Tâche d’arranger cette
affaire, mon bijou chéri, tu nous feras grand plaisir. Si tu pouvais venir de bonne
heure ce soir tu mettrais le comble à tes bontés mais je n’ose pas l’espérer car je
sais combien tu travailles, mon pauvre bien-aimé. Je tâcherai d’avoir du courage et
de
la patience. C’est à peu près comme si je disais que je vais tâcher de t’aimer moins,
aussi Dieu sait comme je me tiens parole. J’ai bien fait d’envoyer ma grande
péronnelle1 chez son père.
Autrement elle aurait emporté la pensée qu’il était peut-être revenu et qu’elle serait
privée encore quinze jours du bonheur de le voir. Et je désire autant que possible
lui
faire la vie douce et facile chez Mme Marre. C’est pour cela que j’ai voulu qu’elle
s’assure par elle-même que son père n’était pas revenu. J’ai bien fait, n’est-ce pas
mon Toto ? Je vous aime, je fais bien aussi, je vous adore, je fais toujours bien.
Et
je vous désire de toutes mes forces et j’ai raison, n’est-ce pas mon cher amour ?
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
